La citadelle de Doullens est l'un des plus beaux ensembles d'architecture militaire de l'époque moderne du Nord de la France, antérieure à l’œuvre de Vauban.
Construite à partir d’une enceinte médiévale inadaptée pour accueillir des unités d’artillerie, c’est à partir de 1530, sous l’impulsion de François Ier, que la citadelle de Doullens fait l’objet d’une refonte en profondeur de son architecture et des équipements de ses garnisons. L’objectif était de défendre les frontières Nord du royaume en guerre avec l’Espagne.
En 1659, le traité des Pyrénées rattache l’Artois au Royaume de France, Doullens perd alors son rôle de verrou stratégique et la citadelle est réformée en lieu de détention qui représente la page la plus longue de son histoire.
Les casernements se transforment alors en cachots et en cellules. Successivement prison d’état, prison politique, maison d’arrêt, maison centrale de force et de correction pour les femmes, puis colonie pénitentiaire désignée comme école de préservation pour jeunes filles, première du genre, ouverte le 1er janvier 1895.
En octobre 1914, la citadelle est transformée en hôpital qui va se spécialiser sur les pathologies liées aux chocs post-traumatiques.
Durant la seconde guerre mondiale, les allemands utilisent la citadelle d’abord comme camp de transit de prisonniers avant leur départ vers les camps de concentration, puis à partir de 1943 comme base de lancement des V1 vers l’Angleterre.
Après la guerre, la citadelle est de nouveau affectée comme maison centrale de détention pour femmes. Elle fermera définitivement ses portes en 1959.
Les derniers occupants de la citadelle arrivent dans l’urgence en juillet 1962. Il s’agit de harkis accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants.
« A partir de documents et d’archives qui restituent l’univers carcéral de la maison de détention pour femmes de Doullens, les organisateurs invitent huit artistes à investir ce bâtiment de l’ancienne prison.
Les œuvres proposées réactivent un territoire autrefois caché, un lieu de bannissement abritant une communauté par exclusion, dans une période doté d’un système judiciaire basé sur la surveillance et la punition. A Doullens, comme dans d’autres villes françaises, la règle préconise aux détenues l’enfermement et les corvées quotidiennes à répétition comme seuls moyens de garantir ces "âmes perdues "une "éducation par le travail" ».